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Marc-Henri Evariste Poitevin dit Goulebenéze (1877-1952)Marc-Henri Evariste Poitevin dit Goulebenéze (1877-1952), natif de Burie en Charente-Maritime, pays du pineau et du cognac, y vécut de très nombreuses années. Ce fameux barde charentais, amuseur patoisant, vit sa renommée s’étendre au-delà de la région Poitou-Charentes et devint l’ami de chansonniers parisiens.

Auteur de centaines de chansons, et de textes patoisants, ce fils de bonne famille partira à l’aventure pour diffuser la « parlhange » de sa chère Saintonge. Collaborateur de la presse locale, il fut également homme de théâtre. Il incarne aujourd’hui le goût du beau parler et « l’esprit saintongais »

Goulebenéze fier de sa région, écrit en 1942 un formidable poème qui fait les éloges des merveilles de la Saintonge, le tout enrichit par des mots patois.

Marc-Henri Evariste Poitevin dit Goulebenéze (1877-1952)Saintonge

Au vent des souvenirs, ce soir j'ai fait un rêve

Et j'ai vu refleurir sortant d'un vieux coffret

En une heure charmante autant qu'elle fut brève

Le rappel d'un passé que mon pays m'offrait.


Et j'ai vu défiler ainsi que dans un songe,

Les yeux à demi clos pour voir avec le cœur

Ce pays merveilleux qu'on nomme la Saintonge

Gâté par la nature et combien séducteur.


C'est le pays joyeux où la grive d'automne

Se grise de fruits d'or parmi les pampres roux,

Où le gai vendangeur sous la hotte chantonne

A l'appel des coupeurs qui boivent le vin doux.


C'est la Seugne dolente au long cours qui serpente

Et coule lentement au pied d'un vieux donjon

Et c'est aussi, là-bas, le doux fleuve Charente

Cette écharpe d'argent du beau pays santon !


Puis les murs écroulés d'où l'on voyait des stalles,

Les gladiateurs casqués dans le Cirque Romain

Où le vaincu tombé attendait des Vestales

La grâce ou bien la mort d'un signe de leur main !


C'est l’île d'Oléron, c'est l’île lumineuse

Où le mimosa d'or fleurit malgré l'hiver

auprès des maisons blanches... C'est la grande charmeuse

Où Loti, éternel voyageur de la mer


Oubliant pour toujours Madame chrysanthème

Chantre de Ramuntcho et chantre du soleil

Dans l'enclos des aïeux est revenu quand même

Reposer sous un myrte en un dernier sommeil !


C'est Royan qu'une fée surnomma la coquette,

Un écrin entrouvert sur le vaste océan,

Une vague à Vallières... le vol d'une mouette,

Un coucher de soleil sur le vieux Cordouan !


Et c'est aussi la terre à la liqueur divine

Où croît la Sainte Vigne au pays du Cognac

Et les hauts sapins verts d'où saigne la résine

Des gâs aux grands bérets des landes de Jonzac!


C'est un soir embaumé au bord de la Boutonne

Qui passe, langoureuse, entre ses peupliers

Et la Forêt d'Aulnay où quelque piqueur sonne

Du cor, pour rappeler ses chiens dans les halliers !


C'est le cadre enchanteur des rives de l'Antenne:

Matha et ses lavoirs auprès d'un vieux château

Où l'on mangeait, grillée à la mode ancienne,

L'anguille des graviers buffée par un chapeau!


C'est un conte de fée à l'abri des poternes

D'un manoir de légende, austère mais charmant,

Stalactites d'argent suspendues aux cavernes,

La Roche Courbon de la Belle au Bois Dormant !


C'est Brouage la Morte qui vit une princesse

Pleurant sur ses remparts un amour infini,

Dont les mâchicoulis ont connu la détresse

D'un cœur qui fut celui de Marie Mancini !


C'est Fouras... l’île d'Aix.. La fin des épopées...

La chute d'un empire et les aigles brisés,

Un conquérant trahi par le sort des épées

éditant sur la gloire et les lauriers passés !


C'est le pays sacré des mangeurs de chaudrée,

Des mangeurs de cagouilles, de mongettes aussi,

Des mangeurs de gratons et de la tantouillée

Que les gourmets fervents appellent gigouri l


C'est le pays béni où l'on sert les saucisses

Avec l’huître de claire arrosée de vin blanc,

Marennes réputées qui faites nos délices,

Huîtres de La Tremblade ou bien de Bourcefranc !


Les femmes de chez nous en coiffes de dentelles

Immenses cathédrales tissées en de longs soirs

Plus fines que ne sont de fines arantelles

Pendant quelques instants vont revenir nous voir ;


Evoquant devant vous quelques joies éphémères,

habillées, comme il sied, à la mode d'antan,

En les voyant tourner les danses des grandes mères

Vous sourirez à ce rappel du "bon vieux temps".


Sourire... C'est déjà signe de bonne humeur

Qu'importe si la Muse en un méchant poème

Pour chanter la Saintonge a trahi son auteur

Ce soir mon cœur m'a dit de la chanter quand même !



Goulebenéze - 1942


 

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